Pourquoi déposer dans tous les programmes réduit vos chances
Dernière mise à jour : 5 oct.
Quand le financement se fait rare, le réflexe est compréhensible : déposer partout, en se disant que plus de billets veut dire plus de chances. Le calcul ne tient malheureusement pas, parce que les demandes ne sont pas indépendantes les unes des autres et que le temps est la vraie ressource rare.
À retenir
Les dépôts ne sont pas des événements indépendants : ils sont faits par la même personne, avec le même nombre d'heures ;
L'admissibilité n'est pas une cible : elle garantit seulement que votre demande sera lue ;
Trois demandes préparées valent mieux que huit expédiées, et le temps récupéré a des usages précis.

Pourquoi le raisonnement de la loterie ne tient pas
Les demandes ne sont pas indépendantes
Si chaque demande avait une probabilité fixe et indépendante d'aboutir, en déposer dix vaudrait mieux qu'en déposer trois. C'est vrai pour un billet de loterie. Ça ne l'est pas pour un dossier de subvention, et la différence tient à une chose toute simple : les dix demandes sont faites par la même personne, avec le même nombre d'heures disponibles.
Ce que coûte une demande expédiée
Une demande préparée en deux jours n'a pas la même tenue qu'une demande préparée en deux semaines. Ce n'est pas une question de longueur ni de soin cosmétique. C'est le temps qu'il faut pour :
lire le programme au complet et comprendre ce qu'il cherche à financer ;
ajuster le projet et le budget en conséquence ;
réunir les annexes qui dépendent de tiers ;
faire relire le tout par quelqu'un qui vous dira que le troisième paragraphe est incompréhensible.
Multipliez les dépôts et vous ne multipliez pas vos chances. Vous divisez votre attention.
Un dossier générique se reconnaît en trois minutes
Les comités sont composés de personnes du milieu qui lisent des dizaines de demandes dans une même séance. Elles ne cherchent à piéger personne, mais elles repèrent vite un dossier écrit pour personne en particulier. Les signes sont toujours les mêmes :
le projet est décrit dans ses propres termes, pas dans ceux du programme : on comprend ce que l'artiste veut faire, jamais pourquoi ce programme-là devrait le financer ;
le budget est manifestement le même que celui déposé ailleurs, avec un montant ajusté au plafond et rien d'autre ;
la section sur les retombées énumère des publics si larges qu'ils ne désignent plus personne.
Aucun de ces défauts ne vient d'un manque de talent. Ils viennent d'un manque de temps, et le manque de temps vient du nombre de demandes. C'est rassurant, d'une certaine façon : c'est un problème d'organisation, pas de valeur.
L'admissibilité est un plancher, pas une cible
La question qu'on oublie de se poser
Avant de déposer, la question qu'on se pose presque toujours, c'est « est-ce que je suis admissible ». C'est la première d'une série de deux, et on s'arrête souvent à la première.
L'admissibilité vous dit seulement que votre demande sera lue. Elle ne dit rien de vos chances. La deuxième question est plus utile, et un peu plus inconfortable : est-ce que ce programme cherche ce que je fais ?
Où trouver la réponse
Un programme finance un objectif, pas une discipline. Les pages officielles affichent cet objectif avant les critères : c'est le cas des programmes du Conseil des arts et des lettres du Québec comme de ceux du Conseil des arts du Canada. Lisez-le en premier.
Deux projets également bons, également admissibles, n'ont pas les mêmes chances si l'un répond à l'objectif affiché et l'autre passe à côté. Répondre honnêtement à cette question élimine souvent la moitié de la liste, et c'est exactement le but.
Avant de déposer, appelez
Les programmes ont des responsables, et répondre à vos questions fait partie de leur travail. Un appel de quinze minutes vous dira si votre projet correspond à ce que le programme cherche, et parfois qu'un autre volet vous conviendrait mieux. Certains bailleurs vont plus loin et offrent une aide à la production d'une demande.
Comment préparer cet appel, quoi demander et quoi ne pas demander : appelez le responsable du programme avant de déposer.
Ce qu'on peut faire du temps récupéré
Passer de huit demandes à trois libère des semaines entières. Voici où elles servent le mieux :
faire relire par quelqu'un qui ne connaît pas le projet : pas un proche qui vous encouragera, mais quelqu'un capable de dire qu'il n'a pas compris ce que vous alliez produire ;
réunir les annexes avant la dernière semaine : un dossier incomplet n'est pas évalué, et c'est le motif de rejet le plus évitable. Voir un dossier incomplet n'est pas évalué ;
contacter l'association professionnelle de votre discipline : plusieurs offrent des séances d'aide à la rédaction, des gabarits, parfois une relecture. Le Conseil des arts du Canada tient une liste des organismes nationaux de services aux arts ;
trouver quelqu'un qui a déjà obtenu ce financement : l'expérience d'un pair vaut plus que n'importe quel guide, y compris celui-ci.
Quand c'est refusé
Un refus n'est pas un verdict sur votre travail, et ça vaut la peine de se le répéter. Les programmes reçoivent bien plus de demandes recevables qu'ils ne peuvent en financer, et une bonne partie des refus concerne des dossiers solides. Ce qu'il faut faire ensuite, presque personne ne le fait : demander les commentaires du comité.
Comment les obtenir et quoi en faire : demandez les commentaires du comité après un refus.
Questions fréquentes
Combien de demandes faut-il déposer par année ?
Il n'y a pas de nombre juste, et c'est tant mieux. La bonne mesure est le temps : autant de demandes que vous pouvez en préparer sérieusement, en comptant deux à trois semaines de travail réel par dossier, sans compter l'attente des pièces qui dépendent de quelqu'un d'autre.
Est-ce mal vu de déposer dans plusieurs programmes en même temps ?
Non, pas du tout. La plupart des bailleurs savent que les projets sont financés par plusieurs sources et le prévoient dans leurs formulaires. Le problème n'est pas le nombre de dépôts, c'est la qualité de chacun.
Comment savoir si un programme cherche vraiment ce que je fais ?
Lisez l'objectif du programme, pas seulement ses critères d'admissibilité, puis appelez le responsable et décrivez votre projet à voix haute. C'est la seule façon fiable de vérifier l'adéquation avant de passer des semaines à rédiger.
Où vérifier avant de déposer
Les dates limites, les montants et les critères changent. Vérifiez-les toujours sur la page officielle du bailleur plutôt que dans un article, y compris celui-ci.
Conseil des arts et des lettres du Québec : bourses aux artistes et soutien aux organismes ;
Conseil des arts du Canada : subventions fédérales aux artistes et aux organismes ;
SODEC : aide aux entreprises culturelles québécoises.
En pratique
Qui est concerné. Toute personne ou tout organisme qui prépare plus de deux demandes dans une même période ;
Ce qu'il faut vérifier. L'objectif affiché du programme, la liste complète des annexes, l'existence d'autres volets, le nom du responsable ;
Ce qu'il vaut mieux éviter. Réutiliser un budget sans le retravailler, demander systématiquement le montant maximal, déposer sans avoir parlé à personne, laisser passer un refus sans en demander les motifs.
Ces repères sont généraux. Les règles varient d'un programme et d'un bailleur à l'autre, et certaines situations, notamment de statut ou de forme juridique, demandent une vérification au cas par cas. À valider selon votre situation.
Un regard extérieur avant de déposer
Impulsion Créative accompagne des artistes, des collectifs et des organismes culturels dans la préparation de leurs demandes de financement, du choix du programme jusqu'au dépôt. Si vous avez un dossier en chantier et que vous aimeriez qu'un œil extérieur le relise avant l'envoi, écrivez-nous.





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